Panatomic X, une pellicule de 1977
Après presque 50 ans, toujours aussi efficace !

j’ai eu la chance de mettre la main sur 5 m de Kodak Panatomic X, une pellicule noir et blanc fabriquée par Kodak à Rochester, aux États-Unis. Un film mythique pour les argenteux, né bien avant les années 70 : créé en 1933 comme film en feuille ASA 25 destiné à la photographie aérienne et aux usages exigeant un haut niveau de détail (aérien, éditorial professionnel, applications scientifiques). Sa sensibilité a ensuite été portée à ASA 32, tout en restant la plus lente des pellicules de la série X de Kodak, derrière la Plus-X, la Super-XX et la Tri-X. Dans les années 70, c’est donc déjà une pellicule « historique », au format 35 mm comme au format 120, très appréciée pour son grain quasi inexistant.
Ses caractéristiques techniques
Sensibilité : ASA 25 ou 32, ce qui impose des conditions de lumière généreuses ou un environnement contrôlé.
Émulsion : une émulsion fine et fortement durcie, garante d’une grande netteté d’image, avec un caractère panchromatique et une sensibilité au rouge étendue.
Rendu : un grain extrêmement fin pour des images nettes et haute résolution, avec une restitution tonale supérieure permettant une belle séparation des hautes lumières et des ombres.
Longévité remarquable : c’est sans doute son trait le plus fascinant. Le Panatomic-X compte parmi les pellicules les plus stables jamais produites, capable d’être exposée des décennies après péremption avec une dégradation minime. Peu importe la date exacte d’arrêt de production, le film continue de défier le vieillissement, se comportant presque toujours à sa vitesse nominale même des décennies plus tard.

Utilisations privilégiées
Cette lenteur et cette finesse en faisaient un outil de spécialiste plutôt qu’une pellicule « tout terrain » :
Travail en studio, en lumière contrôlée, pour des images propres et nettes.
Portrait, pour restituer la texture de peau et les nuances tonales (à double tranchant : elle est réputée impitoyable, révélant « chaque petite détail »).
Photographie de paysage et d’architecture, pour la précision des structures et les variations subtiles de lumière et d’ombre.
Sa réputation de pellicule « d’ambiance nostalgique », sa texture et sa tonalité intrinsèques évoquant une qualité intemporelle, pour ceux qui recherchent un rendu authentique et vintage.

Les données de développement que j’ai pu glaner sur le net
Le point délicat : le Panatomic-X est difficile à trouver aujourd’hui, donc les données qui suivent viennent principalement des fiches techniques d’époque et de tests réalisés sur des rouleaux expirés (souvent datés justement des années 70-80).
Rodinal (le développeur qui nous intéresse) : 1:50 pendant 9 minutes à 20 °C (68 °F), agitation de 10 secondes d’inversion par minute. Le Rodinal est réputé pour être un révellateur qui améliore la sensation de netteté, idéal pour un film avec un grain fin, parce qu’il à aussi la réputation de faire ressortir le grain.
D-76 : stock, 5 minutes à 20 °C, ou en dilution 1:1, entre 7 et 10 minutes à 20 °C, la fourchette 9-10 minutes se rapprochant le mieux d’un bon contraste.
HC-110 (dilution B) : les fiches techniques d’origine indiquaient 4,5 minutes, mais plusieurs utilisateurs modernes préfèrent rallonger : entre 4,5 et 5 minutes à 20 °C selon la fiche, mais 6,5 minutes donne de très bons résultats sur pellicule vieillie. Un autre témoignage évoque 5 minutes à 20 °C comme excellente combinaison.
Xtol : dilution 1+1, 7 min 30 à 20 °C — un développeur qui, apparemment, accentue encore la finesse du grain tout en donnant un peu plus de contraste que le Rodinal.
Dans tous les cas, les temps varient pas mal d’une source à l’autre, en partie parce que la plupart des essais actuels se font sur des rouleaux expirés depuis 30 à 50 ans — donc à traiter comme point de départ, pas comme vérité absolue.
La fin de production
Kodak a arrêté le Panatomic-X en désignant le TMAX 100 comme remplaçant officiel, avec une étiquette collée sur les derniers lots de production, recommandant de l’exposer entre 50 et 64 ISO et de le développer au Microdol-X pur.
Mon utilisation
Pour mon rouleau, il n’était pas indiqué la sensibilité. J’ai dû choisir entre 25 ISO et 32 ISO. Pour ce type de bobine, et cette année de production j’ai penché pour 25 ISO.
5 m, c’est beaucoup et peu à la fois. Si le film était altéré, c’est 5 m à la poubelle. Sinon, combien de bobines puis-je en faire ? Le site la-photoargentique met à disposition un calculateur : pour 24 poses, il faut 1,16 m, pour 36 poses, 1,6 m. Mais comme je n’avais pas envie de bobiner le tout sans être certain de la qualité du film, j’ai fait un essai : j’ai bobiné environ 0,55 m pour 12 poses. De quoi faire des essais à des valeurs d’exposition différentes.
J’ai donc chargé la bobine dans mon Nikon FG et direction le jardin. J’ai pris une scène bien éclairée — 25 ISO, c’est peu, il faut de la lumière et une optique qui ouvre bien, le 50 mm f/1,8 est largement suffisant avec cette lumière estivale. J’ai fait quelques clichés à la valeur de 25 ISO et f/2.8, puis j’ai brackété de -1 à +3 IL pour vérifier la qualité du film et sa tenue. Je n’ai pas été déçu : le film est efficace, même si on peut regretter quelques dégradations par-ci, par-là, mais sans grande importance.





Je l’ai développé dans de l’Adox Adonal (Rodinal) en solution 1:50 pendant 9 min 10 à 21 °C. Et c’est une belle suprise à l’ouverture de la cuve, le film est fin, peu de grain et bien contrasté, et son utilisation avec le 50 mm a été parfaite, surtout quand on a un beau modèle qui se marie bien avec le noir et blanc !
Une petite remarque tout de même : attention, le film est plutôt sensible aux rayures, alors soyez précautionneux.

Plus qu’à mettre le reste du rouleau en bobine, j’ai hâte de l’utiliser ! Faut aussi acheter une bobineuse, peut-être…
La fiche technique originale (Elle provient du superbe et très utile site de Mike Eckman)

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