À la pêche aux infrarouges

Ilford SFX 200 – Nikon F801 – Juin 2026

Cette image, je l’ai capturée un jour de pêche à l’étang des Ballastières, à Saint-Maur (36). On peut y voir un jeune pêcheur – il se reconnaîtra – devant l’étang attendant la prise d’un gardon. On y voit une végétation particulièrement claire et un ciel plutôt sombre. Pas un noir et blanc standard, sauf à utiliser un filtre vert, mais le ciel ne serait pas si sombre, peut-être avec un filtre rouge, mais l’effet ne serait pas aussi marqué.

La pellicule Ilford SFX 200 est une pellicule très particulière. Elle permet de voir dans les infrarouges. C’est-à-dire au-delà de notre vision, avec des longueurs d’onde supérieures à 700 nM pour l’infrarouge proche. Ces longueurs d’onde ne nous sont pas accessibles sans artifice. C’est là qu’interviennent les dispositifs infrarouges, en photographie, les films infrarouges ou les capteurs dénués de la barrière infrarouge. Parce que, oui, la grande majorité des capteurs d’appareil photo peuvent capter les longueurs d’onde de l’infrarouge proche. Cependant, un filtre permet de les bloquer pour que vos images ressemblent à ce que voit votre œil. Votre capteur voit donc plus de choses que vous, l’infrarouge autorise à montrer plus de choses, notamment l’activité chlorophyllienne des végétaux. C’est donc un procédé particulièrement intéressant pour photographier la nature, et les paysages naturels.

ce qui est visible derrière un filtre IR720 – D’après Maven Filter

En argentique, la pellicule la plus connue reste la kodak aerochrome, qui permet de capturer les couleurs du spectre infrarouge si caractéristiques (lien vers quelques exemples d’image sur le site lomography https://www.lomography.fr/magazine/326935-lomopedia-pellicule-argentique-kodak-aerochrome-infrared-film), mais cette pellicule n’existe plus depuis longtemps même si on peut encore en trouver périmée, un film mythique !

Mais Ilford et Rollei produisent toujours du film infrarouge pour le noir et blanc cette fois ci. Certes moins spectaculaire que l’aerochome, cependant elles permettent une vision du spectre infrarouge et de le transposer en nuances de gris. Les verts, deviennent très clairs, et les bleus s’assombrissent. On comprend alors tous l’intérêt de photographier un paysage sous un soleil bleu, idéalement parsemé de nuages blancs. Le contraste entre le ciel et les nuages devenant alors particulièrement important, avec un ciel presque noir et des nuages toujours blanc.

La forteresse royale de Chinon prise devant les bord de la Vienne

D’une manière générale, les effets communs comprennent:

  • Ciel et eau sombre
  • Tons de peau lisses
  • Feuillage lumineux
  • Fort contraste et texture
  • Idéal pour les paysages et certains portraits

J’ai donc utilisé pour ces images une pellicule Ilford SFX 200, mais la pellicule seule ne suffit pas. Si on souhaite uniquement les infrarouges, il faut stopper les longueurs d’onde inférieures à 700 nM, il nous faudra alors un filtre dit IR. J’ai trouvé pour quelques euros un filtre IR 720 (il stoppe les longueurs d’onde inférieures à 720 nM) sur une plateforme de ventes d’occasion, c’est tout à fait suffisant. D’ailleurs, sans ce filtre, ce film permet de retranscrire le spectre de la vision humaine, avec celui de l’infrarouge, de sorte que vous pouvez l’utiliser comme d’autres pellicules noir et blanc. Elle a juste ce petit truc en plus, elle voit plus loin, elle voit dans l’infrarouge.

Filtre IR720 de la marque Haida de diamètre 52mm à visser
Ce que voit le capteur de mon smartphone avec le filtre (à gauche) sans le filtre (à droite). Pas d’intérêt ici le capteur dénué de filtre infrarouge.

C’était la première fois que je m’essayais à la photographie infrarouge.

Au niveau du procédé, rien de compliqué : chargez la pellicule, réglez l’appareil à la sensibilité que vous avez choisie (idéalement celle du film), faites la mise au point, puis vous décalez celle-ci.

Encore une particularité de l’infrarouge : la mise au point ne se fait pas au même endroit que pour le spectre de la vision humaine. Sur les anciens objectifs, les constructeurs ont d’ailleurs pensé à vous et vous trouverez l’index de mise au point IR (souvent en rouge) à côté de celui dit normal (souvent en blanc mais parfois rouge aussi !). Voir le détail de mon Super Takumar.

Si vous ratez cette mise au point, votre photo pourra partiellement être décalée, ce qui m’est arrivé.

Réglez vos paramètres de prise de vue : si votre appareil possède une cellule interne, c’est parfait, le filtre étant devant l’objectif, il sera pris en compte, sinon, optez pour une cellule à main, mesurez la lumière incidente ou réfléchie, puis compensez de cinq stops ou six suivant votre filtre. Vous êtes prêt, il vous faudra certainement un trépied et un déclencheur (ou le retardateur), les vitesses d’obturation étant fréquemment assez lentes même en plein soleil.

Le rendu de ces images est assez intéressant même si j’aurais pu mieux faire sur certaines images et notamment sur le choix des sujets. Je pense avoir raté quelques fois ma mise au point et certaines images ne méritaient pas forcément de l’infrarouge ou tout du moins ne s’y prêtaient pas.

Gros défaut de cette pellicule : pour un film de sensibilité 200 ISO il y a un grain très présent, surtout utilisée avec le filtre IR. Est-ce le fait qu’elle soit sensible aux infrarouges ? C’est possible ? Ou est-ce le fait que je l’ai développée dans un révélateur Ilford Microphen ? Je ne sais pas, mais on est plus proche d’un film à 800 ISO ou presque d’une Delta 3200.

Cela reste malgré tout une approche relativement simple et facile de l’infrarouge. Cela demande un peu d’effort mais on y arrive facilement. Il me reste encore pas mal de points à améliorer : penser à la mise au point et qu’elle soit correcte, bien choisir mes sujets et tester avec un autre révélateur, ou encore tester avec une autre pellicule, la Rollei par exemple où apparemment le grain y est moins présent (elle est commandée !).

Les vignes surplombant la forteresse de Chinon

Est-ce que cela vaut le coup ? Gaspiller quelques poses sur certains sujets ? Parfois mieux vaut rester avec du noir et blanc standard. Cependant, j’ai quand même particulièrement apprécié les paysages où la verdure devient blanche et contraste avec le ciel qui devient quasiment noir. À mon avis, il est vraiment intéressant de s’y essayer, vivement que la Rollei arrive !

N’ayant pas utilisé les 36 poses ce jour de partie de pêche, on pourra également voir son utilisation autour de la forteresse royale de Chinon et des vignes qui la surplombent, ou encore quelques images de la prairie de Belle-Isle, le poumon vert de la ville de Châteauroux.

La prairie sur les bords de Vienne devant la forteresse royle de Chinon
L’ancien moulin du parc de Belle-Isle à Châteauroux
Le petit pont de pierres du parc de Belle-Isle à Châteauroux
Prairie du parc de Belle-Isle à Châteauroux

Pour ces images, j’ai utilisé un Nikon F80 avec les optiques AF-D 28mm et 50mm, avant de m’apercevoir dans la documentation de l’appareil que Nikon déconseille l’utilisation de celui-ci pour les procédés infrarouges. Le mécanisme d’entraînement du film utilisant une LED pour détecter l’avance, celle-ci pouvait potentiellement voiler le film. Il n’en a rien été, heureusement, j’avais déjà fait 15 images… J’ai ensuite utilisé mon Nikon F801, puis développé la pellicule dans de l’Ilford Microphen pendant 8’30 » à 20°C. Pour les partager ici, les images ont été numérisées avec mon appareil numérique et traitées dans Darktable.

Dans le champ de blé avec Ligueil à l’horizon

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